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M. Oettinger veut faire d’un national-socialiste un résistant

mai 9, 2007 · Laisser un commentaire

Mercredi, le 11 avril 2007, Günther Oettinger, ministre-président du Bade-Wurttemberg, prononce un discours de condoléances lors de l’enterrement de Hans Filbinger, ministre-président jusqu’en 1978. Il dit : « Hans Filbinger était un adversaire du régime des Nazis, qui, en revanche, ne pouvait pas échapper aux contraintes de ce régime brutal – de même que des millions d’autres. Il n’y a pas d’arrêt juridique de Hans Filbinger suite auquel un homme ou une femme aurait perdu sa vie. »

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Günther Oettinger, FTD

Le contexte

Revenons en arrière : En 1978, l’écrivain Rolf Hochhuth a dévoilé que Hans Filbinger était juge de marine sous l’époque de Hitler et qu’il a contribué à la condamnation à mort et à l’exécution d’hommes. Dans la foulée, M. Filbinger a dû démissionner de son poste de chef de gouvernement de Bade-Wurttemberg. L’Union chrétienne-démocrate (CDU) était sous le choc. C’était bien Monsieur Filbinger qui a décroché les meilleurs scores pour la CDU, un parti, qui, depuis l’existence du Bade-Wurttemberg (création en 1952) est toujours au pouvoir – seul ou en coalition. Jusqu’à aujourd’hui, quelques conservateurs ne comprennent pas la démission de M. Filbinger et la jugent non nécessaire.

C’est probablement dans ce contexte qu’il faut situer le discours de M. Oettinger, tout à fait étonnant parce qu’il met les faits historiques de côté, bien qu’il ne soit pas du tout considéré comme un réactionnaire.Non, il est considéré comme un libéral économique avec des affinités pour l’écologisme politique. Il semble donc curieux de savoir ce qui a amené Oettinger à rouvrir le débat sur le passé de M. Filbinger et de faire d’un collaborateur un adversaire de Hitler. L’hebdomadaire DER SPIEGEL parle du fait que ce discours était bien préparé et qu’Oettinger était parfaitement conscient de ce qu’il disait. D’après le journal, M. Oettinger voulait ramener près de lui les conservateurs durs de son parti pour affaiblir ses adversaires au sein du parti

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Hans Filbinger

Les réactions

Suite à ce discours, certaines réactions suite donnaient raison à cette démarche. Monsieur Mappus, le président du groupe CDU au Landtag, Monsieur Brunnhuber, le chef des députés fédéraux CDU du Bade-Wurttemberg et d’autres ont défendu M. Oettinger.

Mais la critique était encore plus grande. Le Conseil central des juifs allemands parlait de révisionnisme et demandait une excuse. Quelques membres de la famille des victimes de M. Filbinger réclamaient la démission du chef de gouvernement. Même la chancelière conservatrice, Angela Merkel, critiquait clairement M. Oettinger en disant qu’elle aurait souhaité une différenciation entre les mérites de M. Filbinger et les fautes apparentes qu’il a commises. La critique des partis de gauche était également très grande. Tous demandaient au moins une excuse de la part de M. Oettinger. A part les quelques hommes de droite du Bade-Wurttemberg, cités ci-dessus, l’opposition au discours de M. Oettinger était unanime.

La volonté de « dédiabolisation », affichée par M. Oettinger, est d’autant plus étonnante que jusqu’à sa mort, Filbinger n’avait jamais admis la moindre faute. Une phrase de M. Filbinger en fait preuve : « Ce qui était de droit à l’époque ne peut être un tort de nos jours. »

Cette phrase a été et est un désastre moral et juridique. Les condamnations à mort, le génocide, les massacres, etc. qui ont été commis entre 1933 et 1945 ont été des crimes contre l’humanité. Le jugement correct peut seulement être le suivant : Ce qui était un désastre moral et juridique à l’époque ne peut pas être justifié aujourd’hui. Comment un homme peut-il être considéré comme un adversaire du régime national-socialiste quand il a écrit les choses suivantes dans un article sur le droit pénal en 1935 :

« C’est le nazisme qui a créé les conditions intellectuelles pour une rénovation efficace du droit allemand. La nation allemande est une communauté de sang. Il faut qu’elle soit maintenue pure et que les caractéristiques du peuple allemand soient développées de manière organisée parce qu’elles ont une valeur de race. » ? M. Filbinger a même condamné des hommes à mort et assisté aux exécutions quand le régime national-socialiste n’existait quasiment plus comme Monsieur Hochhuth l’a signalé.


Et M. Oettinger ?

Tout d’abord, Oettinger ne s’excuse pas. Ses premiers pas vers ceux qui l’ont fortement critiqués ne concernent que la forme. Il dit ne pas avoir voulu blesser les victimes du nazisme. Il ne fait pas de concessions sur le fond de son énoncé. Le 16 avril, après des demandes continuelles, non seulement des associations de victimes, de juifs et des partis de gauche mais aussi plusieurs appels de la chancelière, Oettinger prend de la distance sur ce qu’il a dit. Il s’excuse et dit être désolé.

Les effets

On peut se demander à quoi a servi le comportement d’Oettinger. Il est regrettable qu’un débat sur le passé ait été instrumentalisé par M. Oettinger pour renforcer sa position au sein de la CDU. On peut donc très certainement dire que son recul a deux aspects positifs : premièrement, l’Allemagne est toujours très susceptible en ce qui concerne son passé : Les nombreuses critiques montrent que la société et le monde politique n’acceptent pas que le nazisme et ses acteurs soient relativisés. Deuxièmement, la droite dure en Allemagne a subi une défaite. Le déroulement de ce petit scandale est également une victoire pour la droite modérée autour de la chancelière.

Thomas RAFF


voir aussi l’article: “Rapport detaillé: le devoir de mémoire en Allemagne”

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