Deutsch-französische interparlamentarische Zeitung/ Journal interparlementaire franco-allemand

RAPPORT DETAILLÉ : Le devoir de mémoire en Allemagne

mai 9, 2007 · Laisser un commentaire

En Allemagne, la mémoire du national-socialisme n’est pas réservée exclusivement aux historiens. Elle appartient également aux gens. Le passé est le sujet d’une dispute continuelle, qui émerge régulièrement dans les débats publics allemands. On peut les considérer comme une bataille de la mémoire – la place du « Troisième Reich » dans la narration historique allemande – auxquels participent les témoins de l’époque, leurs enfants et leurs petits-enfants.Néanmoins, depuis 30 ans, un consensus qui rassemble tous les partis politiques à l’exception de l’extrême droite, s’est mis en place : sous le « Troisième Reich », des crimes d’une horreur jamais connue furent perpétrés par l’ordre de l’État allemand et au nom du peuple allemand.

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Le mémorial de l’Holocaust à Berlin,

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les deux Allemagnes divisées traitèrent le passé d’une manière différente. Dans la République démocratique allemande, après une dénazification radicale de l’administration, de la justice, du système d’enseignement et de l’armée, le régime communiste déculpabilisa sa population collectivement : la faute fut uniquement attribuée aux capitalistes et aux militaristes.

Dans la République fédérale d’Allemagne, on avait coutume de considérer le « Troisième Reich » comme une simple tyrannie et de disculper ainsi la population. Car même les militants du régime nazi pouvaient argumenter d’avoir seulement exécuté les ordres en état de nécessité. La plupart des Allemands se sont ainsi considérés eux-mêmes comme victimes du régime nazi.

Même la révolte contre l’autorité du mouvement de 1968 et les attaques contre cette pensée ne purent pas changer le regard sur le passé de la plupart des Allemands de la RFA. Il fallut attendre la fin des années 70 et la diffusion de la série de télévision américaine « Holocaust », qui raconte l’histoire d’une famille subissant le génocide des Juifs et qui montre les événements pendant la guerre d’une façon intime et émotionnelle… Au regard des Allemands, l’histoire du national-socialisme fut désormais identique à celle de l’anéantissement des Juifs.

Dans son discours historique du 8 mai 1985, lors de la commémoration de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Président de la République fédérale d’Allemagne Richard von Weizsäcker invita la société allemande à se souvenir toujours des crimes du national-socialisme, et à considérer la fin de la guerre perdue comme le jour de la libération du peuple allemand. Ce travail de la mémoire collective fut renforcé par des anniversaires consécutifs : le début de la Deuxième Guerre mondiale, sa fin, les pogroms contre des Juifs en novembre 1938 et la libération d’Auschwitz.

En 1988, le président du Bundestag de l’époque, Philipp Jenninger (CDU, le parti chrétien conservateur), tint un discours lors de l’anniversaire des pogroms contre les Juifs le 10 novembre 1938. En essayant d’expliquer le fanatisme des Allemands pour le national-socialisme, il donna l’impression de ne pas prendre suffisamment de distance sur l’idéologie nazie. Même si personne ne doutait de son intégrité comme démocrate, sa rhétorique maladroite lors de ce discours mena à des protestations massives. En conséquence, il démissionna le lendemain et ne se représenta plus aux élections législatives suivantes.

L’exposition sur les crimes de l’armée allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale (« Verbrechen der Wehrmacht »), qui fit le tour en Allemagne entre 1995 et 2004 avec beaucoup de succès, dévoila une des dernières légendes du passé national-socialiste : celle de l’armée allemande chevaleresque. Cette légende confortait des millions d’anciens soldats allemands qui pouvaient ainsi se distinguer des SS (escouades de protection du parti nazi) dont les crimes étaient déjà bien connus pendant la guerre. Pourtant, l’exposition montra que la Wehrmacht prit partie à de nombreux crimes de guerre ainsi qu’à l’organisation de l’holocauste. Il devint ainsi évident que chacun, même s’il fut fortement impliqué dans l’appareil militaire, eut une marge de manœuvre pour garder son humanité et sa dignité, dépendant de son courage civique et de ses valeurs morales.

Jan KNAUER

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