Deutsch-französische interparlamentarische Zeitung/ Journal interparlementaire franco-allemand

COMMENTAIRE: Le bilan du G8 en Allemagne

juillet 30, 2007 · Laisser un commentaire

Le bilan du G8 est souvent critiqué. Déjà, l’existence de cette rencontre des chefs des sept Etats les plus riches du monde et du chef de la Russie est remise en question. Le commentaire ne traitera pas de cette question au préalable mais attaquera tout de suite le bilan du sommet en Allemagne pour des raisons pragmatiques : le sommet existe. Deux questions semblent importantes : comment juger les mesures de sécurité prises par le ministre de l’intérieur, Wolfgang Schäuble ? Et quels sont les apports du G8 qui pourrait rendre le monde meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui ?

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Tout d’abord, les mesures de sécurité prises par le ministre de l’Intérieur semblent bien démesurées. Une grande enceinte autour du village de Heiligendamm rendait un contact de vue impossible entre les manifestants et les dirigeants des huit Etats. Non seulement il y avait un cercle autour de Heiligendamm (zone 1), mais aussi un deuxième beaucoup plus large (zone 2, 200 mètres autour de Heiligendamm). De plus, la police avait ordonné une troisième zone avec une étendue de plusieurs kilomètres dans laquelle les manifestations étaient interdites. Plusieurs personnes ont saisi la Cour constitutionnelle à ce sujet afin d’obtenir la permission de manifester. Bien que cela se soit soldé par un échec, elles sont entrées dans des zones protégées, ont bloqué des rues menant aux conférences du sommet, ont essayé d’accéder au site par la voie de la mer et ont blessé des agents de police. Tout en violant la loi existante, les manifestants ont-ils agi de manière légale ? Ils ont argumenté que la police les avait provoqués, que les mesures de sécurité étaient disproportionnées et qu’ils avaient ainsi le droit de résister aux forces de l’Etat. Les manifestants violant les mesures ont été enfermés pendant plusieurs heures – la nuit comprise – dans des espèces de cages pour plusieurs personnes, éclairées toute la nuit. La police a dit que les cages correspondaient aux lois en vigueur. Les manifestants ont toutefois allégué que les détenus recevaient peu de nourriture, qu’il y avait trop peu de place dans les cages et qu’ils n’avaient à peine sur quoi dormir. Si ces affirmations sont vraies, c’est anticonstitutionnel et un scandale politique. Cela reste à examiner.

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En revanche, les actions de certains manifestants ne sont guère compréhensibles. Bien qu’ils aient eu la possibilité de manifester pour une autre conception du monde – en dehors du secteur protégé – et bien que certains d’entre eux aient été reçus par les huit dirigeants d’Etat pour des discussions, ils ont continué à nuire au bon déroulement du sommet. Tout en prônant une démarche paisible certains ont choisi la violence. Et ce n’est pas à cause d’une provocation quelconque par la police, c’était une décision réfléchie et une faute. Parler de provocation de la part de la police est un argument destructif tentant de placer l’extrême gauche dans le perpétuel rôle de victime et de diaboliser encore plus le monde soi-disant capitaliste et exploiteur. Le débat intensif sur la sécurité avant le sommet ne change pas la donne. Si on n’est pas d’accord sur des mesures il faut en discuter dans le cadre des lois en vigueur et saisir les tribunaux. Dire que ce débat a provoqué la violence n’excuse donc pas du tout les actions extrêmes. Il faut néanmoins dire que la plupart des manifestants ont été paisibles et ont tout simplement voulu montrer – de manière constructive – qu’il y a peut-être des alternatives aux démarches et projets du G8.

Peut-être le bilan montre-t-il que le G8 n’est pas une si mauvaise institution. En modérant les attentes, l’on peut voir que les dirigeants du G8 ont fait avancer certaines choses durant les deux jours du sommet. Ils ont encore une fois mis l’accent sur la mise en œuvre du plan pour l’Afrique du sommet G8 de 2005. Ils ont décidé de mettre 60 milliards de Dollars à la disposition pour lutter contre des maladies en Afrique, notamment le sida. Et bien que personne ne l’ait attendu à cause du refus catégorique de George W. Bush au préalable, une clause pour la protection du climat a été trouvée. Pour atteindre la réduction par moitié des rejets de CO2 jusqu’en 2050 Bush s’est déclaré prêt à prendre un engagement sérieux. Selon le professeur Ernst Ulrich von Weizsäcker, ancien député SPD et président de l’institut de l’environnement de Wuppertal, ce résultat, dont notamment l’attitude de M. Bush à la fin des négociations, est très remarquable : par rapport à la rhétorique des Républicains voilà un an, ce qu’a fait M. Bush maintenan, est un réel tremblement de terre.

En somme, malgré les mesures de sécurité parfois douteuses et quoique le bilan du G8 n’ait pas satisfait toutes les attentes, cette rencontre est à considérer comme positive. Pourquoi serait-il mal que les Etats les plus riches du monde se mettent autour d’une table pour discuter des stratégies de paix, d’économie et de développement durable ? Certes, il existe d’autres points de vue concernant l’amélioration du monde mais sont-elles réalistes ? Souvent, des concepts radicaux ont mené à la dictature. Cela ne veut pas dire que toute proposition alternative soit irréaliste mais il semble qu’une politique des petits pas, qu’a décrite Günter Grass dans son livre Journal d’un escargot et que suivent les dirigeants du G8 soit plus pragmatique.

Thomas RAFF

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