Archives de Catégorie: Commentaires/ Kommentare

La nouvelle politique fiscale du parti libéral allemand

Le FDP (Freie demokratische Partei) a présenté, lors du 59e congrès du parti, qui s’est tenu le 28 mai à Munich, un modèle d’imposition radical et simplifié, décliné en 3 tranches d’imposition : les revenus inférieurs à 20 000 euros seront imposés de 10 %, les revenus compris entre 20 000 et 50 000 euros de 25 % et les revenus supérieurs à 50 000 euros de 35 %. De plus, le FDP prévoie une suppression de l’impôt sur les revenus les plus élevés. Ceci permettrait un allègement fiscal à hauteur de 25 milliards d’euros financé par une politique de lutte contre la fraude fiscale et une restructuration de l’Agence pour l’emploi (Bundesagentur für Arbeit). Le FDP souhaite par ailleurs introduire une « allocation citoyenne » (Bürgergeld) contenant des mesures incitatives au travail. Enfin, le parti veut abaisser le prix des ressources énergétiques en augmentant la TVA de 7 % et, au besoin, en diminuant la taxe écologique.

Le programme social du FDP repose presque exclusivement sur une diminution des charges fiscales au détriment, selon l’ancien chef du parti Klaus Kinkel, de la formulation d’une véritable politique de l’enseignement et de la recherche. A cette fin et pour gagner la cause des classes moyennes, les jeunes libéraux ont exigé une réorientation du parti et une ouverture programmatique vers des thématiques sociales, tels que la famille, l’éducation ou encore l’égalité des chances. Ces revendications ont été rejetées par le Chef du FDP, Dirk Niebel, pour qui la politique fiscale tient une place centrale au sein du parti. C’est avant tout pour se distinguer du modèle fiscal concurrent des socio-chrétiens de la CSU (Christlich-soziale Union) bavaroise, que le FDP a insisté, lors de ce congrès, sur son attachement aux valeurs de solidarité et aux libertés citoyennes.

Claire ROTHFUSS

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L’Allemagne est-elle un partenaire privilégié pour promouvoir les projets de la présidence française de l’Union Européenne ?

La présidence française de l’Union Européenne s’approche. Peut-être cette présidence sera-t-elle la dernière à plein temps pour la France avant que les nouvelles modalités du Traité de Lisbonne entreront en vigueur.

Tandis que la présidence allemande avait pour l’objectif de relancer la discussion sur un nouveau traité pour l’Union Européenne, la présidence française pourrait maintenant aborder des questions de fonds si le référendum en Irlande permettrait la ratification du Traité de Lisbonne. Effectivement, les objectifs de la présidence française s’affichent déjà en nombre de six : l’énergie et le climat, la défense commune, le bilan de la santé de la PAC et ainsi l’avenir de la politique agricole commune, l’immigration, l’application du Traité de Lisbonne avec la nomination du Président du Conseil Européen, le Haut Représentant de la Politique Etrangère et l’Union pour la Méditerranée. Néanmoins, les propositions précises se font encore attendre malgré des travaux préparatoires à tous les niveaux. Le travail de coordination entre les parlementaires, les chefs d’états et les chefs de gouvernement avant juillet sera effectivement important pour que l’Union Européenne avec ses 27 états-membres puisse enfin avancer sur les priorités françaises. Mais est-ce qu’il y aurait une position commune du couple franco-allemand sur les priorités françaises au cours du deuxième semestre 2008 ?

Selon Charles Grant du Centre for European Reform, un think-tank situé à Londrès « The Germans number one rule is no surprises, and Sarkozy keeps springing surprises. » Par conséquent, une coopération franco-allemande qui prendra en compte le goût d’organisation et de coordination précoce des Allemands est indispensable pour éviter un nouveau blocage. Le projet de l’Union pour la Méditerranée a déjà fait preuve d’un tel blocage en raison des démarches unilatérales. Si la démarche française s’inscrirait dans une autre logique différente celle autour de l’Union pour la Méditerranée, l’Allemagne pourrait devenir un partenaire privilégié sur les dossiers défense, l’immigration et l’application du Traité de Lisbonne. Le dossier d’énergie et de climat se heurte à la décision de la sortie du nucléaire – une décision qui ne sera pas remise en question ouvertement avant 2009 en Allemagne. De même, l’essai de lancer déjà les discussions sur l’avenir de la PAC est pris en compte sur le côté allemand mais les avis à Berlin et à Paris resteront peut-être divergents sur le dossier de l’agriculture commune.

Les priorités s’affichent ainsi dans des nombreux domaines ce qui fait surgir un scepticisme propice aux Allemands: les objectifs pour la présidence françaises sont-elles trop ambitieuses ? Est-ce que une telle variété de priorités permettrait-elle d’avancer sur le fonds ? Dans cette perspective, il reste rassurant que les relations franco-allemandes ne se fassent pas seulement au niveau de chefs d’états et de gouvernement – un travail a été déjà commencé qui ne fait pas la une en comparaison avec le couple médiatisé Merkel-Sarkozy. Néanmoins, au moment où les précisions sur les priorités françaises ne sont pas encore clairement affichées, l’Allemand restera sceptique et anxieux.

Anne TIEDEMANN

Frankreichs „Rückkehr“ in die NATO: Ein Bruch mit der gaullistischen Verteidigungsdoktrin?

Vier Jahrzehnte nach seinem Austritt aus der integrierten Militärstruktur scheint sich Frankreich wieder der Nato anzunähern. Nach Sarkozys Plänen soll dieser Wandel mit einer Verstärkung der europäischen Militärsstrukturen einhergehen.

Beim Gipfeltreffen in Bukarest Anfang April äußerte Staatspräsident Sarkozy seinen Wunsch, schon beim Jubiläumsgipfel im April 2009 „den Prozess der Erneuerung der französischen Beziehung zur Nato abzuschließen“. Er bereitet damit das Ende einer gewissen französischen Ausnahmestellung in der Verteidigungspolitik vor.

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Historisch betrachtet ist die Beziehung zwischen Frankreich und der Nato von zahlreichen abgebrochenen Schritten gekennzeichnet. Obwohl de Gaulle 1966 der Nato-Militärstruktur den Rücken gekehrt hatte, beteiligte sich Frankreich allerdings im Großen und Ganzen weiterhin an der gesamten politischen und militärischen Struktur des Bündnisses. Nur am Verteidigungsplanungsausschuss und an der Nuklearen Planungsgruppe war es nicht mehr beteiligt.

1991 hatte François Mitterrand den Zusammenbruch des Ostblocks zu einer NATO-Reform samt einer französischen „Rückkehr“ nutzen wollen, allerdings ohne Erfolg. Der letzte Annäherungsversuch fand 1995/96 unter Jacques Chirac statt. Der Präsident hatte seine „Rückkehr“-Initiative mit dem Ehrgeiz verbunden, das Oberkommando Süd für einen Europäer zu beanspruchen, was auch zum Scheitern führte. Dies hinderte ihn allerdings nicht daran, die französische Rolle in der Nato beständig zu vergrößern: Bei Nato-Operationen wie in Kosovo oder in Afghanistan stieg Frankreich zu einem der wichtigsten Truppensteller auf.
Einen echten „Bruch“ mit der Politik seiner Vorgänger macht Sarkozy also nicht. Darüber hinaus will Frankreich auch nach der „Rückkehr“ der Nuklearen Planungsgruppe fernbleiben. Anders ist es mit dem Ausschuss für Verteidigungsplanung: Da Frankreich mittlerweile bei NATO-Einsätzen praktisch überall dabei ist, sollen die Entscheidungen nicht mehr an Paris vorbeilaufen, was eine Wiedereingliederung in diesen Ausschuss rechtfertige. Der angekündigte Wandel hat aber vielmehr einen starken Bezug zum Symbolischen, das Frankreich jedoch stets sehr am Herzen liegt.

Nach Pariser Einschätzung sind die Bedingungen für eine „Rückkehr“ derzeit günstiger denn je: Angesichts der gewaltigen Kosten des Irakkrieges drängen die USA die Europäer zu höheren Militärausgaben und signalisieren dabei mehr Verständnis für eine eigene europäische Militärintegration. Und anders als 1995/96 leistet Paris heute den zweitgrößten Beitrag an Personal und ist drittgrößter Beitragszahler der NATO.

Um nicht wie Chirac am Streit um NATO- Führungsposten zu scheitern, will Sarkozy nach Informationen aus Diplomatenkreisen in Personalfragen Zugeständnisse machen. So könnte für einige den Europäern vorbehaltene Posten das Rotationsprinzip eingeführt werden. Sarkozys Strategie besteht darin, Fortschritte beim Ausbau einer gemeinsamen europäischen Verteidigungs- und Sicherheitsstruktur mit einer Neudefinition der Nato zu verknüpfen. In seiner ersten großen außenpolitischen Rede vor der Konferenz französischer Botschafter Ende August 2007 hatte er die „Rückkehr“ in die Integration mit einer grundlegenden „Erneuerung der Nato“ und dem parallelen Ausbau der europäischen, das heißt eigenständigen Verteidigungsstrukturen verknüpft. In dieser Hinsicht könnte das zweite Halbjahr 2008 bedeutende Entwicklungen mit sich bringen: Die Fortentwicklung der gemeinsamen EU-Verteidigungspolitik gehört nämlich zu den vorrangigen Zielen der französischen EU-Präsidentschaft.

Adeline DEFER

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Un couple franco-allemand fort malgré la presse négative ?

Nicolas Sarkozy a profité de la cérémonie de remise du prix Charlemagne pour contrer l’image d’un couple franco-allemand qui a perdu de son importance, voire qui se divise. Selon le Président de la République, il ne faut pas croire la presse – soit en France, soit en Allemagne ou partout en Europe – qui a remis en question l’avenir d’un couple franco-allemand fort. Au contraire, Nicolas Sarkozy considère Angela Merkel comme une femme courageuse et intelligente qui a rassemblé l’Europe autour du traité de Lisbonne par un effort acharné.

Si Nicolas Sarkozy a souligné son admiration pour Angela Merkel le 1er mai 2008, le couple franco-allemand avait auparavant brillé à la une des journaux en raison du report de la réunion Blaesheim et du projet de l’Union pour la Méditerranée cher au Président de la République. Ainsi le journal anglais « The Economist » a publié un article intitulé « The Franco-German relationship. The awkward partners » (paru le 15 mars) qui a confronté les styles, les idées et les démarches des deux leaders en mettant en avant les problèmes potentiels, tant au niveau bilatéral qu’au niveau européen. Effectivement, la construction européenne a toujours connu des avancées dès lors que le couple franco-allemand s’est accordé sur un sujet. L’accord entre les deux a influencé de manière positive des idées ouvrant de nouveaux volets de l’Union Européenne comme par exemple la politique monétaire commune avec l’introduction de l’euro. Le couple a lancé des projets d’avant-garde comme le manuel d’histoire franco-allemand mais c’était aussi ce couple qui avait influencé les acquis du pacte de croissance et de stabilité en 2004. Néanmoins, un regard complet sur le couple franco-allemand doit absolument tenu compte des institutions, des coopérations et des réseaux qui dépassent la relation entre chefs de gouvernement français et allemands. L’amitié franco-allemande a été un projet conçu d’en haut, en l’occurence par Adenauer et de Gaulle, mais qui s’est transformé au cours des années en normalité. La normalité à grande échelle représente aujourd’hui à bien des égards un acquis et un risque en même temps.

L’acquis de ce rapprochement est évident : nous ne sommes plus seulement des Français ou des Allemands mais des Européens. Nous regardons ARTE et nous achetons un camembert français au supermarché allemand et sur un plan politique nous avons toujours l’espoir que les diplomates français et allemands s’accorderont à fin de la journée sur des propositions communes. Les fonctionnaires dans les deux pays ont l’occasion de faire des expériences dans le pays partenaire pour ainsi mieux comprendre les méthodes de travail et les cultures différentes. L’OFAJ agissait contre la nature oublieuse de l’homme auprès de la jeunesse et promeut encore aujourd’hui de nombreux échanges entre les jeunes allemands et français. Voilà à quel point la coopération franco-allemande s’est normalisée. Cependant, une normalisation porte en soi le risque de l’oubli, de l’ennui et de la fatigue.

La médiation d’un litige possible entre les dirigents français et allemands est-elle née de cette fatigue et de cet ennui? De même que quelques-uns réclament M Blair comme nouveau Président du Conseil Européens pour « rendre l’Europe plus sexy », le couple franco-allemand pourrait profiter d’une médiatisation accrue de ses deux leaders. S’agit-il donc d’un effet « Tokyo Hotel » au niveau politique pour le couple franco-allemand, c’est-à-dire le phénomène d’une nouvelle reconnaissance par une voie intermédiaire ? Sans aucun doute, toute l’Allemagne connaît aujourd’hui la nouvelle femme du Président français mais une nouvelle reconnaissance des atouts du couple franco-allemand est loin d’apparaître. Ce manque de reconnaissance pèse encore plus lourd compte tenu du fait que le fondement des relations franco-allemandes continue à fonctionner silencieusement. Déjà Aristote dans son éthique de Nicomaque, qui avait pour but de guider le politique dans son travail, a fait l’éloge du milieu entre deux vertus. Par conséquent, les relations franco-allemandes devraient chercher à éviter les extrêmes ce qui sera finalement aussi le travail de Mme Merkel et de M Sarkozy.

Anne TIEDEMANN

Bienvenue chez les Ch’tis

Mit 20 Millionen verkauften Eintrittskarten ist „Bienvenue chez les Ch’tis“ der bisher erfolgreichste französischer Kinofilm Frankreichs, bald werden dort mehr Kinokarten über den Ladentisch gegangen sein, als für „Titanic“. Und trotzdem wird er wohl nicht weltweit ein großer Erfolgsfilm sein. Warum?

Dany Boons Film erzählt die Geschichte eines ganz normalen Südfranzosen, der von seiner Firma nach Nordfrankreich zwangsversetzt wird, weil er etwas ausgefressen hat. Seine Familie bricht in Panik aus, malt sich das Schlimmste aus und die Frau bleibt sogar im schönen Süden, weil sie „einfach nicht kann“. Am Nordpol, wo die Sonne nie scheint, wo es immer kalt und dunkel ist und wo nur Monster leben, nein, da kann sie nicht leben.

Voller Ängste begibt sich Philippe Abrams also in die neue Stadt und entdeckt nach ein paar lustigen Szenen charmante KollegInnen. Viel Komik des Films basiert auf dem unverständlichen Dialekt Nordfrankreichs, und der guten Laune der Menschen im Norden.
Als der Film Ende Februar in die Kinos kam, war nicht zu erwarten, dass ein Film über eine Region mit hoher Arbeitslosigkeit, wenig Tourismus und wenig Attraktivität soviel Erfolg haben könnte. Aber der liegt an der einfachen Darstellung des Alltags von Menschen ohne Vorurteilen im Kontakt mit Menschen voller Vorurteile. Der Konflikt der Mentalitäten Norden versus Süden ist in der französischen Gesellschaft präsent, wenn auch nicht so stark wie in der witzigen filmischen Darstellung. Positiver Nebeneffekt: In der Resonanz hat der Film zu einem neuen Interesse an der schönen Nordregion geführt: die Regionalregierung hat ein Nutzungsrecht der Bilder, die Biermarke in dem Film erfreut sich eines neuen Interesses und der Tourismus könnte dieses Jahr einen besonderen Zuwachs erlangen. Sogar das Wort „biloute“, nordisches Kosewort, könnte einigen Quellen zufolge den Eingang in die einsprachigen Wörterbücher des Jahres 2009 schaffen. Was bei der starken Lexikografietradition der französischen Sprache eine besondere Ehre bedeutet.

Vor dem Hintergrund des anhaltenden Erfolgs des Films wurde darüber verhandelt, ihn fürs Ausland zu synchronisieren oder gar die Geschichte an einem anderen Ort neu zu drehen. „Welcome to the Sticks“ soll die englische Fassung sein, Will Smith will vielleicht den Film neu drehen und die Variante „Welcome to the Blacks“ nach Amerika bringen. Das ist wohl besser so, denn wie soll man in Deutschland oder Amerika die Verballhornung regionaler, kultureller und sprachlicher Identitäten einer Kultur verstehen, in der man sich nicht bewegt? In Deutschland könnte man sich auch vermutlich einen armen Sachsen vorstellen, der nach Bayern zwangsversetzt wird und dort entdeckt, dass die Bayern auch etwas anderes als Würstchen und Bier zu sich nehmen, dass es dort auch Städte gibt und dass nicht alle ein Bild von Stoiber in ihrem Wohnzimmer aufgehängt haben.

Adeline DUVIVIER

COMMENTAIRE : le sommet du G8 – caricature de démocratie, provocations et succès partiels

Le sommet du Groupe des Huit (G8) est une rencontre des sept pays les plus industrialisés du monde plus la Russie. Ensemble, les pays du G8 représentent 66,5% de l’économie mondiale. Ces rencontres sont contestées par des mouvements altermondialistes, quelques syndicats et certains partis de gauche qui remettent en cause la légitimité du G8 et l’accusent de vouloir « diriger le monde », au mépris des autres pays, pour imposer une politique libérale.

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Le sommet de 2007 à Heiligendamm n’a pas pu changer cette image. Bien protégés contre toutes protestations et revendications par un grillage d’une douzaine de kilomètres installé pour l’occasion, les chefs d’Etat se sont concertés sur leur stratégie commune pour le changement climatique et l’aide à l’Afrique. Afin de trouver un compromis exigeant, la chancelière allemande Angela Merkel qui a présidé le sommet avait placé la barre très haut. Néanmoins, l’accord trouvé reste tiède. Le texte final, inclus dans un communiqué mais sans valeur de traité, reconnaît, entre autres, le rôle des scientifiques et leur appel à réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre. De plus, le processus de négociation sera poursuivi dans le cadre de l’ONU, où l’on dit avoir trouvé un accord post-Kyoto. Cependant, mise à part une « prise en compte sérieuse » de la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, aucun objectif chiffré commun à tous les pays membres n’a été fixé.

Ainsi, l’ « accord fructueux » comme Mme Merkel l’a présenté, est en bel et bien un succès. Un succès où tout le monde sort gagnant, qui n’oblige à rien et qui ne remet aucun pouvoir en cause. Le grand miracle de la diplomatie se fonde sur un consensus relatif et surtout sur un jeu musculaire. Du point de vue diplomatique, on a ainsi réussi à sortir d’une situation extrêmement délicate, sans mettre les Etats-Unis à l’écart, mais en leur faisant reconnaître les faits scientifiques et en les impliquant dans une suite au protocole de Kyoto sous l’égide de l’ONU. Du point de vue politique et notamment en ce qui concerne les sujets en question, on a échoué. L’accord n’est qu’une promesse d’un accord éventuel dans un futur incertain. La date de 2050 est suffisamment lointaine pour ne pas prendre de mesures concrètes et exigeantes contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, les Etats-Unis seront tout de même en mesure de bloquer toute intervention de l’ONU en mettant leur veto. Les huit pays dont la part dans l’ensemble des émissions de gaz mondiales représente 40% pourront donc continuer leur politique irresponsable.

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La réaction des ONG, des milliers de manifestants aux abords du sommet à Heiligendamm et des participants du contre-sommet à Rostock était assez prévisible. Selon eux, il ne s’agit pas d’un progrès. Leur vision du monde est autre et elle commence par une délibération ouverte ainsi que par la liberté d’expression et de réunion en cas de contestation.

C’est précisément cette liberté de réunion qui a été fortement mise en cause lors du sommet. La Cour constitutionnelle fédérale a réprimandé les autorités de sécurité pour leurs actions excessives, notamment en critiquant l’interdiction de toute réunion devant l’enceinte grillagée. Même si, à en juger par les actes de violence des autonomes, l’on peut trouver ces mesures justifiées, l’on peut malgré tout se demander si de telles actions n’étaient pas prévisibles, voire même souhaitées. Une stratégie de désescalade lors des manifestations ne sert pas à grand chose si elle se retrouve face à un climat protestataire bien réchauffé pendant les derniers mois. Les actions anti-solidaires, irresponsables et intolérables de la part des autonomes, appelé bloc noir, ont aidé à justifier les mesures excessives des autorités de sécurité, à ne pas faire passer le message politique et paisible des manifestants et à transmette une image violente des protestations. Car, il y avait une grande disparité entre les images présentées par les medias et la réalité. Souvent, on a mélangé actions violentes et protestations paisibles en insistant uniquement sur la violence.

L’agression aveugle du bloc noir et les mesures indifférenciées de la police sont un revers amer au droit de manifester. Elles le sont d’autant plus pour tous les organisateurs bénévoles qui ont lutté pour une manifestation pluraliste et les milliers de manifestants qui y ont participé. Cependant, cela amène aussi à reconsidérer la conception d’une gauche plurielle démocratique et paisible en prenant en compte des groupes qui recourent à la violence pour défendre leurs intérêts.

Adeline OTTO

COMMENTAIRE: Le bilan du G8 en Allemagne

Le bilan du G8 est souvent critiqué. Déjà, l’existence de cette rencontre des chefs des sept Etats les plus riches du monde et du chef de la Russie est remise en question. Le commentaire ne traitera pas de cette question au préalable mais attaquera tout de suite le bilan du sommet en Allemagne pour des raisons pragmatiques : le sommet existe. Deux questions semblent importantes : comment juger les mesures de sécurité prises par le ministre de l’intérieur, Wolfgang Schäuble ? Et quels sont les apports du G8 qui pourrait rendre le monde meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui ?

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Tout d’abord, les mesures de sécurité prises par le ministre de l’Intérieur semblent bien démesurées. Une grande enceinte autour du village de Heiligendamm rendait un contact de vue impossible entre les manifestants et les dirigeants des huit Etats. Non seulement il y avait un cercle autour de Heiligendamm (zone 1), mais aussi un deuxième beaucoup plus large (zone 2, 200 mètres autour de Heiligendamm). De plus, la police avait ordonné une troisième zone avec une étendue de plusieurs kilomètres dans laquelle les manifestations étaient interdites. Plusieurs personnes ont saisi la Cour constitutionnelle à ce sujet afin d’obtenir la permission de manifester. Bien que cela se soit soldé par un échec, elles sont entrées dans des zones protégées, ont bloqué des rues menant aux conférences du sommet, ont essayé d’accéder au site par la voie de la mer et ont blessé des agents de police. Tout en violant la loi existante, les manifestants ont-ils agi de manière légale ? Ils ont argumenté que la police les avait provoqués, que les mesures de sécurité étaient disproportionnées et qu’ils avaient ainsi le droit de résister aux forces de l’Etat. Les manifestants violant les mesures ont été enfermés pendant plusieurs heures – la nuit comprise – dans des espèces de cages pour plusieurs personnes, éclairées toute la nuit. La police a dit que les cages correspondaient aux lois en vigueur. Les manifestants ont toutefois allégué que les détenus recevaient peu de nourriture, qu’il y avait trop peu de place dans les cages et qu’ils n’avaient à peine sur quoi dormir. Si ces affirmations sont vraies, c’est anticonstitutionnel et un scandale politique. Cela reste à examiner.

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En revanche, les actions de certains manifestants ne sont guère compréhensibles. Bien qu’ils aient eu la possibilité de manifester pour une autre conception du monde – en dehors du secteur protégé – et bien que certains d’entre eux aient été reçus par les huit dirigeants d’Etat pour des discussions, ils ont continué à nuire au bon déroulement du sommet. Tout en prônant une démarche paisible certains ont choisi la violence. Et ce n’est pas à cause d’une provocation quelconque par la police, c’était une décision réfléchie et une faute. Parler de provocation de la part de la police est un argument destructif tentant de placer l’extrême gauche dans le perpétuel rôle de victime et de diaboliser encore plus le monde soi-disant capitaliste et exploiteur. Le débat intensif sur la sécurité avant le sommet ne change pas la donne. Si on n’est pas d’accord sur des mesures il faut en discuter dans le cadre des lois en vigueur et saisir les tribunaux. Dire que ce débat a provoqué la violence n’excuse donc pas du tout les actions extrêmes. Il faut néanmoins dire que la plupart des manifestants ont été paisibles et ont tout simplement voulu montrer – de manière constructive – qu’il y a peut-être des alternatives aux démarches et projets du G8.

Peut-être le bilan montre-t-il que le G8 n’est pas une si mauvaise institution. En modérant les attentes, l’on peut voir que les dirigeants du G8 ont fait avancer certaines choses durant les deux jours du sommet. Ils ont encore une fois mis l’accent sur la mise en œuvre du plan pour l’Afrique du sommet G8 de 2005. Ils ont décidé de mettre 60 milliards de Dollars à la disposition pour lutter contre des maladies en Afrique, notamment le sida. Et bien que personne ne l’ait attendu à cause du refus catégorique de George W. Bush au préalable, une clause pour la protection du climat a été trouvée. Pour atteindre la réduction par moitié des rejets de CO2 jusqu’en 2050 Bush s’est déclaré prêt à prendre un engagement sérieux. Selon le professeur Ernst Ulrich von Weizsäcker, ancien député SPD et président de l’institut de l’environnement de Wuppertal, ce résultat, dont notamment l’attitude de M. Bush à la fin des négociations, est très remarquable : par rapport à la rhétorique des Républicains voilà un an, ce qu’a fait M. Bush maintenan, est un réel tremblement de terre.

En somme, malgré les mesures de sécurité parfois douteuses et quoique le bilan du G8 n’ait pas satisfait toutes les attentes, cette rencontre est à considérer comme positive. Pourquoi serait-il mal que les Etats les plus riches du monde se mettent autour d’une table pour discuter des stratégies de paix, d’économie et de développement durable ? Certes, il existe d’autres points de vue concernant l’amélioration du monde mais sont-elles réalistes ? Souvent, des concepts radicaux ont mené à la dictature. Cela ne veut pas dire que toute proposition alternative soit irréaliste mais il semble qu’une politique des petits pas, qu’a décrite Günter Grass dans son livre Journal d’un escargot et que suivent les dirigeants du G8 soit plus pragmatique.

Thomas RAFF