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Un couple franco-allemand fort malgré la presse négative ?

Nicolas Sarkozy a profité de la cérémonie de remise du prix Charlemagne pour contrer l’image d’un couple franco-allemand qui a perdu de son importance, voire qui se divise. Selon le Président de la République, il ne faut pas croire la presse – soit en France, soit en Allemagne ou partout en Europe – qui a remis en question l’avenir d’un couple franco-allemand fort. Au contraire, Nicolas Sarkozy considère Angela Merkel comme une femme courageuse et intelligente qui a rassemblé l’Europe autour du traité de Lisbonne par un effort acharné.

Si Nicolas Sarkozy a souligné son admiration pour Angela Merkel le 1er mai 2008, le couple franco-allemand avait auparavant brillé à la une des journaux en raison du report de la réunion Blaesheim et du projet de l’Union pour la Méditerranée cher au Président de la République. Ainsi le journal anglais « The Economist » a publié un article intitulé « The Franco-German relationship. The awkward partners » (paru le 15 mars) qui a confronté les styles, les idées et les démarches des deux leaders en mettant en avant les problèmes potentiels, tant au niveau bilatéral qu’au niveau européen. Effectivement, la construction européenne a toujours connu des avancées dès lors que le couple franco-allemand s’est accordé sur un sujet. L’accord entre les deux a influencé de manière positive des idées ouvrant de nouveaux volets de l’Union Européenne comme par exemple la politique monétaire commune avec l’introduction de l’euro. Le couple a lancé des projets d’avant-garde comme le manuel d’histoire franco-allemand mais c’était aussi ce couple qui avait influencé les acquis du pacte de croissance et de stabilité en 2004. Néanmoins, un regard complet sur le couple franco-allemand doit absolument tenu compte des institutions, des coopérations et des réseaux qui dépassent la relation entre chefs de gouvernement français et allemands. L’amitié franco-allemande a été un projet conçu d’en haut, en l’occurence par Adenauer et de Gaulle, mais qui s’est transformé au cours des années en normalité. La normalité à grande échelle représente aujourd’hui à bien des égards un acquis et un risque en même temps.

L’acquis de ce rapprochement est évident : nous ne sommes plus seulement des Français ou des Allemands mais des Européens. Nous regardons ARTE et nous achetons un camembert français au supermarché allemand et sur un plan politique nous avons toujours l’espoir que les diplomates français et allemands s’accorderont à fin de la journée sur des propositions communes. Les fonctionnaires dans les deux pays ont l’occasion de faire des expériences dans le pays partenaire pour ainsi mieux comprendre les méthodes de travail et les cultures différentes. L’OFAJ agissait contre la nature oublieuse de l’homme auprès de la jeunesse et promeut encore aujourd’hui de nombreux échanges entre les jeunes allemands et français. Voilà à quel point la coopération franco-allemande s’est normalisée. Cependant, une normalisation porte en soi le risque de l’oubli, de l’ennui et de la fatigue.

La médiation d’un litige possible entre les dirigents français et allemands est-elle née de cette fatigue et de cet ennui? De même que quelques-uns réclament M Blair comme nouveau Président du Conseil Européens pour « rendre l’Europe plus sexy », le couple franco-allemand pourrait profiter d’une médiatisation accrue de ses deux leaders. S’agit-il donc d’un effet « Tokyo Hotel » au niveau politique pour le couple franco-allemand, c’est-à-dire le phénomène d’une nouvelle reconnaissance par une voie intermédiaire ? Sans aucun doute, toute l’Allemagne connaît aujourd’hui la nouvelle femme du Président français mais une nouvelle reconnaissance des atouts du couple franco-allemand est loin d’apparaître. Ce manque de reconnaissance pèse encore plus lourd compte tenu du fait que le fondement des relations franco-allemandes continue à fonctionner silencieusement. Déjà Aristote dans son éthique de Nicomaque, qui avait pour but de guider le politique dans son travail, a fait l’éloge du milieu entre deux vertus. Par conséquent, les relations franco-allemandes devraient chercher à éviter les extrêmes ce qui sera finalement aussi le travail de Mme Merkel et de M Sarkozy.

Anne TIEDEMANN

La grève des conducteurs de train, symptôme d’une crise du modèle syndical allemand

Depuis plusieurs semaines, le conflit entre le syndicat allemand des conducteurs de train (Gewerkschaft Deutscher Lokomotivführer, GDL) et la compagnie ferroviaire allemande (Deutsche Bahn, DB) agite le milieu syndical et la scène politique outre-Rhin. Le président fédéral du GDL, Manfred Shell et vice-président, Claus Weselsky, réclament une convention tarifaire autonome et une hausse de 31 % de leurs revenus. Le directeur de la DB, Hartmut Mehdorn, et la responsable du personnel, Margret Suckale rejètent ces revendications qui remettent en cause l’équilibre syndical et menacent la « paix salariale ». Au lieu de cela, ils proposent d’appliquer la même convention tarifaire adoptée pendant l’été avec les deux autres syndicats, Transnet -qui rassemble près de 100 professions différentes, dont les conducteurs de train- et le syndicat des fonctionnaires allemands (Gewerkschaft Deutscher Bundesbahnbeamten und Anwärter, GDBA) -composée pour moitié de fonctionnaires du secteur ferroviaire-, soit une hausse de 4,5 % des salaires et le versement d’une prime unique de 600 euros. La DB n’a cependant pas exclu une hausse de salaire jusqu’à 10% et une indemnisation des heures supplémentaires non payées.

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La grève du GDL reflète une crise profonde du paysage syndical aux conséquences dramatiques sur le fonctionnement et l’avenir du modèle syndical allemand. Selon Horst-Udo Niedenhoff, expert à l’Institut économique de Cologne, « le temps de l’unité syndicale est révolu ». Dans ce contexte, il serait intéressant de s’interroger sur les spécificités de cette grève qui donnent un éclairage sur l’évolution des modes de participation et de négociations des syndicats allemands. On pourra ainsi constater que le « cas GDL » s’inscrit dans un contexte général de remise en cause des syndicats traditionnels et d’une certaine « crise » de légitimité auprès de leurs adhérents. Puis, nous étudierons l’impact de cette évolution sur la conduite de la politique tarifaire allemande ainsi que la réaction des syndicats allemands face au bouleversement du paysage syndical.

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Quelles sont les particularités de cette grève, considérée par Claus Weselsky, comme la « plus importante et la plus dure » que la DB n’ait encore jamais connue ? Le GDL est un des syndicats qui composent la Confédération des fonctionnaires allemands (Deutscher Beamtenbund, DBB), l’une des trois grandes confédérations syndicales allemandes. Il représente les intérêts d’une profession, les conducteurs de train (pour 80% d’entre eux, employés de la DB), et non d’une branche d’activité. Les deux autres syndicats, Transnet et GDBA s’opposent à l’attribution d’un tarif autonome au GDL qui conduirait à une désolidarisation intra-branche nuisible, sur le long terme, à leur pouvoir de négociations. Par ailleurs, ils qualifient d’ « absurde » les grèves de le GDL aux conséquences désastreuses sur l’entreprise et l’économie nationale, alors que le GDL s’est vu conforté dans son action par la décision du Tribunal de travail régional à Chemnitz lui autorisant de mener des grèves non seulement dans le transport de personnes mais aussi dans celui des marchandises. La DB, pour sa part, condamnent les méthodes syndicales fortes employées par le GDL qui refuse de s’asseoir à la table des négociations. En outre, une hausse de salaires d’une telle ampleur impliquerait une réévaluation de salaires de l’ensemble des professions que compte la DB.

Quels sont les motivations et motifs à ces revendications ? On peut penser à un pur égoïsme syndical, consistant à faire valoir les intérêts d’une profession au détriment de l’intérêt syndical général. Ou encore à un coup médiatique qui a permis au GDL, au cours des dernières semaines, de se rallier près de 1000 nouveaux adhérents. Ses méthodes fortes et les apparitions très médiatisées de ses représentants ont su convaincre, de même que la prime de 100 euros offerte à tout nouveau adhérent. On peut aussi supposer que le GDL, conscient des dangers d’une privatisation de la DB, joue sa « dernière carte » : l’entrée en bourse du capital de l’entreprise à hauteur de 49 % ne laisse en effet guère espérer une augmentation future des salaires.
Certes, le GDL est le plus ancien syndicat allemand et, par conséquent, ne représente par en soi un phénomène nouveau. Mais il ne masque pas pour autant l’apparition de syndicats de professions, tels que Cockpit pour les pilotes ou Marburger Bund pour les médecins. Selon Frank Ulrich Montgomery, président du Marburger Bund, les médecins ont obtenu, en 2006, sans le soutien du syndicat Ver.di, une hausse de salaires de près de 13%. Ces succès poussent d’autres professions à s’organiser en syndicats, tels que les secrétaires ou les ingénieurs. Au contraire, depuis le début des années 90, les syndicats traditionnels souffrent d’une désaffection de leurs membres. Depuis sa création en 2001, Ver.di a perdu un cinquième de ses adhérents. Parallèlement à cela, des voix se font entendre au sein des cercles syndicalistes de gauche pour une réforme du syndicalisme allemand.
Les raisons à l’émergence de ces syndicats de professions sont donc plus profondes. Elles sont symptomatiques de la crise de représentation et de légitimité que traversent les grands syndicats et les trois principales confédérations syndicalistes. Pour éviter licenciements et délocalisations, les syndicats ont sacrifié de nombreux acquis sociaux, laissant ainsi se dégrader les conditions de travail. Les syndicats de métiers, qui jugent trop consensuelle l’approche des grands syndicats, emploient des méthodes directes et participatives venant combler le déficit démocratique ressentit par la base syndicale et gagnent ainsi la confiance des militants désoeuvrés. En rompant l’union tarifaire avec Ver.di, Marburger Bund a vu son nombre d’adhérents passer de 80 000 à 110 000. En outre, selon Klaus Ernst, vice-président du groupe parlementaire du parti de gauche «Die Linke », les « syndicats traditionnels sont incapables de mener une politique tarifaire suffisamment différenciée au niveau de l’entreprise » alors que la spécialisation professionnelle n’a cessé de croître ces dernières décennies.

Le défi est donc de taille pour les syndicats. Il s’agit d’agir sur deux fronts : d’un côté, répondre aux revendications de professions toujours plus spécialisées et de l’autre côté, s’adapter aux nouvelles contraintes d’un environnement économique globalisé que seule une action concertée à un niveau national -notamment par des fusions entre syndicats-, européen -par une coopération entre syndicats européens- et voire international, peut influencer. Autrement dit, les syndicats traditionnels doivent satisfaire des attentes individuelles -dans un contexte de chômage croissant- tout en préservant le principe de solidarité entre syndicats.

L’apparition de syndicats de métiers a ainsi conduit à une érosion interne des normes tarifaires et remet en cause la politique tarifaire autonome allemande, qui a fait le succès du modèle syndical allemand jusque dans les années 80. Les confédérations de syndicats sont conscientes de la nécessité de prendre mieux en compte les différenciations croissantes au sein des entreprises et ont tenté de s’adapter au nouvel environnement syndical par un assouplissement de la politique tarifaire. Ainsi, à l’exemple des syndicats néerlandais ou scandinaves, les grands syndicats allemands tentent d’accroître les marges de manoeuvres des petits syndicats au sein des entreprises dans le cadre d’une « décentralisation contrôlée ». Le « traité de Pforzheim » adopté par IG Metall en 2004 a ouvert la voie vers une flexibilisation des conventions collectives régionales. En outre, l’introduction de « clauses d’ouverture » (Öffnungsklausel ) assouplissent les conventions collectives régionales en permettant, en cas de crise économique, de rémunérer les employés d’une entreprise en dessous du tarif en vigueur et de réduire le temps de travail sans ajustement des salaires. Or, ces mesures profitent bien plus aux entreprises qu’aux salariés en raison de la faible représentation des syndicats au sein des comités d’entreprises qui ne leur donne pas la légitimité nécessaire pour exercer un véritable poids sur les négociations salariales. En moyenne, seuls 20 % des membres siégeant aux comités d’entreprise sont syndiqués.

Pour être profitable aux employés, la flexibilisation suppose donc un partenariat équilibré entre acteurs sociaux et patronaux. Au contraire, en voulant supprimer les conventions collectives régionales (Flächentarifvertrag) au profit d’une convention tarifaire négociée au niveau de l’entreprise, le député conservateur chrétien-démocrate (CDU) Merz et le député du parti libéral (FDP) Westerwelle fragilisent ce partenariat dont dépend le bon fonctionnement de l’économie allemande. Si les organisations patronales peuvent tirer profit, sur le court terme, d’une dissolution des conventions collectives, elles seront confrontées, à l’avenir, à des grèves à répétition.

Pour les grands syndicats, il s’agit à l’heure actuelle de regagner la confiance de leurs militants. En prenant ses distances par rapport au parti social-démocrate (SPD) trop « libéralisé », le DGB espère regagner la confiance de ses adhérents. A l’occasion de son dernier Congrès du parti à Hambourg, le SPD a réaffirmé son attachement au « socialisme démocratique » et espère ainsi éviter un ralliement des syndicats au Parti « die Linke ». Toutefois, les évolutions récentes ont montré que les syndicats ont tout intérêt à préserver une certaine indépendance face aux partis politiques pour, non seulement, conserver leurs acquis mais aussi espérer une amélioration de leurs conditions de travail.

COMMENTAIRE : le sommet du G8 – caricature de démocratie, provocations et succès partiels

Le sommet du Groupe des Huit (G8) est une rencontre des sept pays les plus industrialisés du monde plus la Russie. Ensemble, les pays du G8 représentent 66,5% de l’économie mondiale. Ces rencontres sont contestées par des mouvements altermondialistes, quelques syndicats et certains partis de gauche qui remettent en cause la légitimité du G8 et l’accusent de vouloir « diriger le monde », au mépris des autres pays, pour imposer une politique libérale.

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Le sommet de 2007 à Heiligendamm n’a pas pu changer cette image. Bien protégés contre toutes protestations et revendications par un grillage d’une douzaine de kilomètres installé pour l’occasion, les chefs d’Etat se sont concertés sur leur stratégie commune pour le changement climatique et l’aide à l’Afrique. Afin de trouver un compromis exigeant, la chancelière allemande Angela Merkel qui a présidé le sommet avait placé la barre très haut. Néanmoins, l’accord trouvé reste tiède. Le texte final, inclus dans un communiqué mais sans valeur de traité, reconnaît, entre autres, le rôle des scientifiques et leur appel à réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre. De plus, le processus de négociation sera poursuivi dans le cadre de l’ONU, où l’on dit avoir trouvé un accord post-Kyoto. Cependant, mise à part une « prise en compte sérieuse » de la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, aucun objectif chiffré commun à tous les pays membres n’a été fixé.

Ainsi, l’ « accord fructueux » comme Mme Merkel l’a présenté, est en bel et bien un succès. Un succès où tout le monde sort gagnant, qui n’oblige à rien et qui ne remet aucun pouvoir en cause. Le grand miracle de la diplomatie se fonde sur un consensus relatif et surtout sur un jeu musculaire. Du point de vue diplomatique, on a ainsi réussi à sortir d’une situation extrêmement délicate, sans mettre les Etats-Unis à l’écart, mais en leur faisant reconnaître les faits scientifiques et en les impliquant dans une suite au protocole de Kyoto sous l’égide de l’ONU. Du point de vue politique et notamment en ce qui concerne les sujets en question, on a échoué. L’accord n’est qu’une promesse d’un accord éventuel dans un futur incertain. La date de 2050 est suffisamment lointaine pour ne pas prendre de mesures concrètes et exigeantes contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, les Etats-Unis seront tout de même en mesure de bloquer toute intervention de l’ONU en mettant leur veto. Les huit pays dont la part dans l’ensemble des émissions de gaz mondiales représente 40% pourront donc continuer leur politique irresponsable.

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La réaction des ONG, des milliers de manifestants aux abords du sommet à Heiligendamm et des participants du contre-sommet à Rostock était assez prévisible. Selon eux, il ne s’agit pas d’un progrès. Leur vision du monde est autre et elle commence par une délibération ouverte ainsi que par la liberté d’expression et de réunion en cas de contestation.

C’est précisément cette liberté de réunion qui a été fortement mise en cause lors du sommet. La Cour constitutionnelle fédérale a réprimandé les autorités de sécurité pour leurs actions excessives, notamment en critiquant l’interdiction de toute réunion devant l’enceinte grillagée. Même si, à en juger par les actes de violence des autonomes, l’on peut trouver ces mesures justifiées, l’on peut malgré tout se demander si de telles actions n’étaient pas prévisibles, voire même souhaitées. Une stratégie de désescalade lors des manifestations ne sert pas à grand chose si elle se retrouve face à un climat protestataire bien réchauffé pendant les derniers mois. Les actions anti-solidaires, irresponsables et intolérables de la part des autonomes, appelé bloc noir, ont aidé à justifier les mesures excessives des autorités de sécurité, à ne pas faire passer le message politique et paisible des manifestants et à transmette une image violente des protestations. Car, il y avait une grande disparité entre les images présentées par les medias et la réalité. Souvent, on a mélangé actions violentes et protestations paisibles en insistant uniquement sur la violence.

L’agression aveugle du bloc noir et les mesures indifférenciées de la police sont un revers amer au droit de manifester. Elles le sont d’autant plus pour tous les organisateurs bénévoles qui ont lutté pour une manifestation pluraliste et les milliers de manifestants qui y ont participé. Cependant, cela amène aussi à reconsidérer la conception d’une gauche plurielle démocratique et paisible en prenant en compte des groupes qui recourent à la violence pour défendre leurs intérêts.

Adeline OTTO

COMMENTAIRE: Le bilan du G8 en Allemagne

Le bilan du G8 est souvent critiqué. Déjà, l’existence de cette rencontre des chefs des sept Etats les plus riches du monde et du chef de la Russie est remise en question. Le commentaire ne traitera pas de cette question au préalable mais attaquera tout de suite le bilan du sommet en Allemagne pour des raisons pragmatiques : le sommet existe. Deux questions semblent importantes : comment juger les mesures de sécurité prises par le ministre de l’intérieur, Wolfgang Schäuble ? Et quels sont les apports du G8 qui pourrait rendre le monde meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui ?

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Tout d’abord, les mesures de sécurité prises par le ministre de l’Intérieur semblent bien démesurées. Une grande enceinte autour du village de Heiligendamm rendait un contact de vue impossible entre les manifestants et les dirigeants des huit Etats. Non seulement il y avait un cercle autour de Heiligendamm (zone 1), mais aussi un deuxième beaucoup plus large (zone 2, 200 mètres autour de Heiligendamm). De plus, la police avait ordonné une troisième zone avec une étendue de plusieurs kilomètres dans laquelle les manifestations étaient interdites. Plusieurs personnes ont saisi la Cour constitutionnelle à ce sujet afin d’obtenir la permission de manifester. Bien que cela se soit soldé par un échec, elles sont entrées dans des zones protégées, ont bloqué des rues menant aux conférences du sommet, ont essayé d’accéder au site par la voie de la mer et ont blessé des agents de police. Tout en violant la loi existante, les manifestants ont-ils agi de manière légale ? Ils ont argumenté que la police les avait provoqués, que les mesures de sécurité étaient disproportionnées et qu’ils avaient ainsi le droit de résister aux forces de l’Etat. Les manifestants violant les mesures ont été enfermés pendant plusieurs heures – la nuit comprise – dans des espèces de cages pour plusieurs personnes, éclairées toute la nuit. La police a dit que les cages correspondaient aux lois en vigueur. Les manifestants ont toutefois allégué que les détenus recevaient peu de nourriture, qu’il y avait trop peu de place dans les cages et qu’ils n’avaient à peine sur quoi dormir. Si ces affirmations sont vraies, c’est anticonstitutionnel et un scandale politique. Cela reste à examiner.

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En revanche, les actions de certains manifestants ne sont guère compréhensibles. Bien qu’ils aient eu la possibilité de manifester pour une autre conception du monde – en dehors du secteur protégé – et bien que certains d’entre eux aient été reçus par les huit dirigeants d’Etat pour des discussions, ils ont continué à nuire au bon déroulement du sommet. Tout en prônant une démarche paisible certains ont choisi la violence. Et ce n’est pas à cause d’une provocation quelconque par la police, c’était une décision réfléchie et une faute. Parler de provocation de la part de la police est un argument destructif tentant de placer l’extrême gauche dans le perpétuel rôle de victime et de diaboliser encore plus le monde soi-disant capitaliste et exploiteur. Le débat intensif sur la sécurité avant le sommet ne change pas la donne. Si on n’est pas d’accord sur des mesures il faut en discuter dans le cadre des lois en vigueur et saisir les tribunaux. Dire que ce débat a provoqué la violence n’excuse donc pas du tout les actions extrêmes. Il faut néanmoins dire que la plupart des manifestants ont été paisibles et ont tout simplement voulu montrer – de manière constructive – qu’il y a peut-être des alternatives aux démarches et projets du G8.

Peut-être le bilan montre-t-il que le G8 n’est pas une si mauvaise institution. En modérant les attentes, l’on peut voir que les dirigeants du G8 ont fait avancer certaines choses durant les deux jours du sommet. Ils ont encore une fois mis l’accent sur la mise en œuvre du plan pour l’Afrique du sommet G8 de 2005. Ils ont décidé de mettre 60 milliards de Dollars à la disposition pour lutter contre des maladies en Afrique, notamment le sida. Et bien que personne ne l’ait attendu à cause du refus catégorique de George W. Bush au préalable, une clause pour la protection du climat a été trouvée. Pour atteindre la réduction par moitié des rejets de CO2 jusqu’en 2050 Bush s’est déclaré prêt à prendre un engagement sérieux. Selon le professeur Ernst Ulrich von Weizsäcker, ancien député SPD et président de l’institut de l’environnement de Wuppertal, ce résultat, dont notamment l’attitude de M. Bush à la fin des négociations, est très remarquable : par rapport à la rhétorique des Républicains voilà un an, ce qu’a fait M. Bush maintenan, est un réel tremblement de terre.

En somme, malgré les mesures de sécurité parfois douteuses et quoique le bilan du G8 n’ait pas satisfait toutes les attentes, cette rencontre est à considérer comme positive. Pourquoi serait-il mal que les Etats les plus riches du monde se mettent autour d’une table pour discuter des stratégies de paix, d’économie et de développement durable ? Certes, il existe d’autres points de vue concernant l’amélioration du monde mais sont-elles réalistes ? Souvent, des concepts radicaux ont mené à la dictature. Cela ne veut pas dire que toute proposition alternative soit irréaliste mais il semble qu’une politique des petits pas, qu’a décrite Günter Grass dans son livre Journal d’un escargot et que suivent les dirigeants du G8 soit plus pragmatique.

Thomas RAFF

Accord sur l’assurance-dépendance et sur le salaire minimum

Lors de la rencontre à la commission de médiation, les dirigeants de la Grande coalition ont fait un compromis sur des thèmes qui étaient au cœur du débat de ces derniers mois. Dès le 1er juillet 2008, le taux de cotisation à l’assurance-dépendance sera donc augmenté de 0,25%. Selon le président du SPD Kurt Beck, ceci garantirait une stabilité financière d’ici 2015. En contrepartie, le taux de cotisation à l’assurance chômage sera baissé de 0,3% dès le début de l’année prochaine. On éviterait de cette manière une augmentation des charges sociales sur les salaires.

De plus, un compromis partiel a été trouvé par rapport au salaire minimum. La CDU/CSU et le SPD se sont mis d’accord sur une extension du champ d’application de la directive européenne sur le détachement des travailleurs et sur l’instauration d’un salaire minimum spécifique dans diverses branches. Selon Beck, la nouvelle loi concernera surtout les branches qui ont un taux d’organisation conventionnelle supérieur à 50%.

Voir aussi l’article: Un salaire minimum en Allemagne ?

Accord sur la garde des enfants de moins de trois ans

Après des mois de discussions au sein de la coalition gouvernementale, les représentants des socio-démocrates et des chrétiens-démocrates se sont mis d’accord sur l’augmentation des places de crèche. A partir de 2013, tous les parents auront un droit à une place d’accueil pour les enfants de mois de trois ans. Afin de parvenir à ce but, 500.000 places devraient être crées. Leur mise en place commencera en 2008 et vise à améliorer les structures d’accueil et les possibilités de garde des enfants pour permettre aux pères et mères de concilier vie professionnelle et vie familiale. Le Bund prendra en charge un tiers des coûts. Les deux tiers restant viendront des länder. Le seul désaccord réside dans l’allocation de garde d’enfant à domicile que la CDU prévoit pour les parents qui gardent leur enfant à la maison. Le SPD refuse cette « prime au fourneau » (« Herdprämie ») qui ne fait que renforcer la répartition traditionnelle des rôles entre hommes et femmes.

Voir aussi les articles : Deutsche Familienpolitik : Selbstbild spricht Bände und Places en crèche et l’éducation d’enfant : un débat idéologique

Vote sur l’indemnisation des victimes de l’ancienne République Démocratique Allemande

Dix-sept ans après la Chute du mur et la réunification, le Bundestag a voté une pension spéciale pour environ 42.000 victimes du régime de la RDA. La loi prévoit une pension de 250 euros pour les prisonniers politiques. Cependant, la pension n’est pas payée inconditionnellement. L’indemnisation sera versée à ceux qui étaient emprisonnés pendant au moins six mois et à ceux qui sont dans le besoin, ayant un revenu inférieur à 1035 euros pour les célibataires et à 1380 euros pour les personnes mariés. La loi a été votée par la Grande coalition. Le parti libéral (FDP), les Verts et Die Linke ne l’ont pas soutenue parce qu’il la considèrent insuffisante.