COMMENTAIRE : le sommet du G8 – caricature de démocratie, provocations et succès partiels

Le sommet du Groupe des Huit (G8) est une rencontre des sept pays les plus industrialisés du monde plus la Russie. Ensemble, les pays du G8 représentent 66,5% de l’économie mondiale. Ces rencontres sont contestées par des mouvements altermondialistes, quelques syndicats et certains partis de gauche qui remettent en cause la légitimité du G8 et l’accusent de vouloir « diriger le monde », au mépris des autres pays, pour imposer une politique libérale.

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Le sommet de 2007 à Heiligendamm n’a pas pu changer cette image. Bien protégés contre toutes protestations et revendications par un grillage d’une douzaine de kilomètres installé pour l’occasion, les chefs d’Etat se sont concertés sur leur stratégie commune pour le changement climatique et l’aide à l’Afrique. Afin de trouver un compromis exigeant, la chancelière allemande Angela Merkel qui a présidé le sommet avait placé la barre très haut. Néanmoins, l’accord trouvé reste tiède. Le texte final, inclus dans un communiqué mais sans valeur de traité, reconnaît, entre autres, le rôle des scientifiques et leur appel à réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre. De plus, le processus de négociation sera poursuivi dans le cadre de l’ONU, où l’on dit avoir trouvé un accord post-Kyoto. Cependant, mise à part une « prise en compte sérieuse » de la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, aucun objectif chiffré commun à tous les pays membres n’a été fixé.

Ainsi, l’ « accord fructueux » comme Mme Merkel l’a présenté, est en bel et bien un succès. Un succès où tout le monde sort gagnant, qui n’oblige à rien et qui ne remet aucun pouvoir en cause. Le grand miracle de la diplomatie se fonde sur un consensus relatif et surtout sur un jeu musculaire. Du point de vue diplomatique, on a ainsi réussi à sortir d’une situation extrêmement délicate, sans mettre les Etats-Unis à l’écart, mais en leur faisant reconnaître les faits scientifiques et en les impliquant dans une suite au protocole de Kyoto sous l’égide de l’ONU. Du point de vue politique et notamment en ce qui concerne les sujets en question, on a échoué. L’accord n’est qu’une promesse d’un accord éventuel dans un futur incertain. La date de 2050 est suffisamment lointaine pour ne pas prendre de mesures concrètes et exigeantes contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, les Etats-Unis seront tout de même en mesure de bloquer toute intervention de l’ONU en mettant leur veto. Les huit pays dont la part dans l’ensemble des émissions de gaz mondiales représente 40% pourront donc continuer leur politique irresponsable.

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La réaction des ONG, des milliers de manifestants aux abords du sommet à Heiligendamm et des participants du contre-sommet à Rostock était assez prévisible. Selon eux, il ne s’agit pas d’un progrès. Leur vision du monde est autre et elle commence par une délibération ouverte ainsi que par la liberté d’expression et de réunion en cas de contestation.

C’est précisément cette liberté de réunion qui a été fortement mise en cause lors du sommet. La Cour constitutionnelle fédérale a réprimandé les autorités de sécurité pour leurs actions excessives, notamment en critiquant l’interdiction de toute réunion devant l’enceinte grillagée. Même si, à en juger par les actes de violence des autonomes, l’on peut trouver ces mesures justifiées, l’on peut malgré tout se demander si de telles actions n’étaient pas prévisibles, voire même souhaitées. Une stratégie de désescalade lors des manifestations ne sert pas à grand chose si elle se retrouve face à un climat protestataire bien réchauffé pendant les derniers mois. Les actions anti-solidaires, irresponsables et intolérables de la part des autonomes, appelé bloc noir, ont aidé à justifier les mesures excessives des autorités de sécurité, à ne pas faire passer le message politique et paisible des manifestants et à transmette une image violente des protestations. Car, il y avait une grande disparité entre les images présentées par les medias et la réalité. Souvent, on a mélangé actions violentes et protestations paisibles en insistant uniquement sur la violence.

L’agression aveugle du bloc noir et les mesures indifférenciées de la police sont un revers amer au droit de manifester. Elles le sont d’autant plus pour tous les organisateurs bénévoles qui ont lutté pour une manifestation pluraliste et les milliers de manifestants qui y ont participé. Cependant, cela amène aussi à reconsidérer la conception d’une gauche plurielle démocratique et paisible en prenant en compte des groupes qui recourent à la violence pour défendre leurs intérêts.

Adeline OTTO

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COMMENTAIRE: Le bilan du G8 en Allemagne

Le bilan du G8 est souvent critiqué. Déjà, l’existence de cette rencontre des chefs des sept Etats les plus riches du monde et du chef de la Russie est remise en question. Le commentaire ne traitera pas de cette question au préalable mais attaquera tout de suite le bilan du sommet en Allemagne pour des raisons pragmatiques : le sommet existe. Deux questions semblent importantes : comment juger les mesures de sécurité prises par le ministre de l’intérieur, Wolfgang Schäuble ? Et quels sont les apports du G8 qui pourrait rendre le monde meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui ?

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Tout d’abord, les mesures de sécurité prises par le ministre de l’Intérieur semblent bien démesurées. Une grande enceinte autour du village de Heiligendamm rendait un contact de vue impossible entre les manifestants et les dirigeants des huit Etats. Non seulement il y avait un cercle autour de Heiligendamm (zone 1), mais aussi un deuxième beaucoup plus large (zone 2, 200 mètres autour de Heiligendamm). De plus, la police avait ordonné une troisième zone avec une étendue de plusieurs kilomètres dans laquelle les manifestations étaient interdites. Plusieurs personnes ont saisi la Cour constitutionnelle à ce sujet afin d’obtenir la permission de manifester. Bien que cela se soit soldé par un échec, elles sont entrées dans des zones protégées, ont bloqué des rues menant aux conférences du sommet, ont essayé d’accéder au site par la voie de la mer et ont blessé des agents de police. Tout en violant la loi existante, les manifestants ont-ils agi de manière légale ? Ils ont argumenté que la police les avait provoqués, que les mesures de sécurité étaient disproportionnées et qu’ils avaient ainsi le droit de résister aux forces de l’Etat. Les manifestants violant les mesures ont été enfermés pendant plusieurs heures – la nuit comprise – dans des espèces de cages pour plusieurs personnes, éclairées toute la nuit. La police a dit que les cages correspondaient aux lois en vigueur. Les manifestants ont toutefois allégué que les détenus recevaient peu de nourriture, qu’il y avait trop peu de place dans les cages et qu’ils n’avaient à peine sur quoi dormir. Si ces affirmations sont vraies, c’est anticonstitutionnel et un scandale politique. Cela reste à examiner.

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En revanche, les actions de certains manifestants ne sont guère compréhensibles. Bien qu’ils aient eu la possibilité de manifester pour une autre conception du monde – en dehors du secteur protégé – et bien que certains d’entre eux aient été reçus par les huit dirigeants d’Etat pour des discussions, ils ont continué à nuire au bon déroulement du sommet. Tout en prônant une démarche paisible certains ont choisi la violence. Et ce n’est pas à cause d’une provocation quelconque par la police, c’était une décision réfléchie et une faute. Parler de provocation de la part de la police est un argument destructif tentant de placer l’extrême gauche dans le perpétuel rôle de victime et de diaboliser encore plus le monde soi-disant capitaliste et exploiteur. Le débat intensif sur la sécurité avant le sommet ne change pas la donne. Si on n’est pas d’accord sur des mesures il faut en discuter dans le cadre des lois en vigueur et saisir les tribunaux. Dire que ce débat a provoqué la violence n’excuse donc pas du tout les actions extrêmes. Il faut néanmoins dire que la plupart des manifestants ont été paisibles et ont tout simplement voulu montrer – de manière constructive – qu’il y a peut-être des alternatives aux démarches et projets du G8.

Peut-être le bilan montre-t-il que le G8 n’est pas une si mauvaise institution. En modérant les attentes, l’on peut voir que les dirigeants du G8 ont fait avancer certaines choses durant les deux jours du sommet. Ils ont encore une fois mis l’accent sur la mise en œuvre du plan pour l’Afrique du sommet G8 de 2005. Ils ont décidé de mettre 60 milliards de Dollars à la disposition pour lutter contre des maladies en Afrique, notamment le sida. Et bien que personne ne l’ait attendu à cause du refus catégorique de George W. Bush au préalable, une clause pour la protection du climat a été trouvée. Pour atteindre la réduction par moitié des rejets de CO2 jusqu’en 2050 Bush s’est déclaré prêt à prendre un engagement sérieux. Selon le professeur Ernst Ulrich von Weizsäcker, ancien député SPD et président de l’institut de l’environnement de Wuppertal, ce résultat, dont notamment l’attitude de M. Bush à la fin des négociations, est très remarquable : par rapport à la rhétorique des Républicains voilà un an, ce qu’a fait M. Bush maintenan, est un réel tremblement de terre.

En somme, malgré les mesures de sécurité parfois douteuses et quoique le bilan du G8 n’ait pas satisfait toutes les attentes, cette rencontre est à considérer comme positive. Pourquoi serait-il mal que les Etats les plus riches du monde se mettent autour d’une table pour discuter des stratégies de paix, d’économie et de développement durable ? Certes, il existe d’autres points de vue concernant l’amélioration du monde mais sont-elles réalistes ? Souvent, des concepts radicaux ont mené à la dictature. Cela ne veut pas dire que toute proposition alternative soit irréaliste mais il semble qu’une politique des petits pas, qu’a décrite Günter Grass dans son livre Journal d’un escargot et que suivent les dirigeants du G8 soit plus pragmatique.

Thomas RAFF

Accord sur l’assurance-dépendance et sur le salaire minimum

Lors de la rencontre à la commission de médiation, les dirigeants de la Grande coalition ont fait un compromis sur des thèmes qui étaient au cœur du débat de ces derniers mois. Dès le 1er juillet 2008, le taux de cotisation à l’assurance-dépendance sera donc augmenté de 0,25%. Selon le président du SPD Kurt Beck, ceci garantirait une stabilité financière d’ici 2015. En contrepartie, le taux de cotisation à l’assurance chômage sera baissé de 0,3% dès le début de l’année prochaine. On éviterait de cette manière une augmentation des charges sociales sur les salaires.

De plus, un compromis partiel a été trouvé par rapport au salaire minimum. La CDU/CSU et le SPD se sont mis d’accord sur une extension du champ d’application de la directive européenne sur le détachement des travailleurs et sur l’instauration d’un salaire minimum spécifique dans diverses branches. Selon Beck, la nouvelle loi concernera surtout les branches qui ont un taux d’organisation conventionnelle supérieur à 50%.

Voir aussi l’article: Un salaire minimum en Allemagne ?

Accord sur la garde des enfants de moins de trois ans

Après des mois de discussions au sein de la coalition gouvernementale, les représentants des socio-démocrates et des chrétiens-démocrates se sont mis d’accord sur l’augmentation des places de crèche. A partir de 2013, tous les parents auront un droit à une place d’accueil pour les enfants de mois de trois ans. Afin de parvenir à ce but, 500.000 places devraient être crées. Leur mise en place commencera en 2008 et vise à améliorer les structures d’accueil et les possibilités de garde des enfants pour permettre aux pères et mères de concilier vie professionnelle et vie familiale. Le Bund prendra en charge un tiers des coûts. Les deux tiers restant viendront des länder. Le seul désaccord réside dans l’allocation de garde d’enfant à domicile que la CDU prévoit pour les parents qui gardent leur enfant à la maison. Le SPD refuse cette « prime au fourneau » (« Herdprämie ») qui ne fait que renforcer la répartition traditionnelle des rôles entre hommes et femmes.

Voir aussi les articles : Deutsche Familienpolitik : Selbstbild spricht Bände und Places en crèche et l’éducation d’enfant : un débat idéologique

Vote sur l’indemnisation des victimes de l’ancienne République Démocratique Allemande

Dix-sept ans après la Chute du mur et la réunification, le Bundestag a voté une pension spéciale pour environ 42.000 victimes du régime de la RDA. La loi prévoit une pension de 250 euros pour les prisonniers politiques. Cependant, la pension n’est pas payée inconditionnellement. L’indemnisation sera versée à ceux qui étaient emprisonnés pendant au moins six mois et à ceux qui sont dans le besoin, ayant un revenu inférieur à 1035 euros pour les célibataires et à 1380 euros pour les personnes mariés. La loi a été votée par la Grande coalition. Le parti libéral (FDP), les Verts et Die Linke ne l’ont pas soutenue parce qu’il la considèrent insuffisante.

La modification de l’impôt sur les sociétés a été votée au Bundestag

Le projet de loi de la Grande coalition est approuvé. Le texte a été adopté par 391 des 613 députés (149 voix contre, 17 abstentions). Par conséquent la deuxième chambre, le Bundesrat, est en mesure de voter la modification avant la relâche estivale. On affirme que l’approbation de la loi par le Bundesrat est certaine. La loi entrera donc en vigueur au 1er janvier 2008. Elle consiste en une réduction de l’impôt sur les bénéfices de 38,65 % à 29,8 %. Subséquemment,l’Etat ramènera ses prélèvements de 25 % à 15 % pour les sociétés de capitaux et les personnes morales assimilées.
voir aussi l’article: L’Allemagne allège la fiscalité de ses entreprises

Frankreichs Außenpolitik: zwischen Sonderweg und Multilateralismus

Frankreichs neuem Präsidenten stehen große innenpolitische Herausforderungen bevor. Wirtschaftswachstumwachstum, Sozial- und Fiskalpolitik haben den Wahlkampf geprägt. In außenpolitischen Fragen waren die Kandidaten wesentlich zurückhaltender, obwohl der Präsident nach Außen quasi vollmächtig agiert. Worauf beruht die französische Außenpolitik heute und was sind ihre Perspektiven?

 

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Der Quai d’Orsay (Aussenministerium) in Paris

Anlässlich der zahlreichen europäischen Konflikten in Europa erschien das Konzept der „Raison d´Etat“: Anerkannt wurde, dass die eigenen praktischen Interessen eines modernen Staates nach Außen von den religiösen und traditionellen Orientierungen eines Staates abweichen können. Diese werden traditionell vom Staatschef garantiert: Richelieu, Louis XIV, Napoléon sind bekannte Beispiele des Vorrangs der Exekutive im Bereich der Außenpolitik. Auch heute übernimmt der Staatschef die Verantwortung in der Außenpolitik: er verhandelt und ratifiziert die Verträge, ist Chef der Armee und verfügt über den Code zur Aktivierung der Atomwaffen. („Die nukleare Abschreckung bin Ich“ so Francois Mitterrand, Staatschef von 1981 bis 1995.) Dadurch ergibt sich, dass weniger das Außenministerium, sondern vielmehr die außenpolitischen Berater des Präsidenten die Außenpolitik Frankreichs prägen.

Heute steht Frankreichs Außenpolitik vor zwei Haupttendenzen, die nicht unbedingt gegeneinander wirken. Einerseits gilt immer noch die Tradition der Unabhängigkeit: als Nuklearmacht seit den 60er Jahren und ständiges Mitglied des VN-Sicherheitsrats verfügt Frankreich über einen bestimmten Handlungsspielraum. Historisch hat Frankreich oft Panaschdiplomatie geführt, wie de Gaulle bei der „Krise des leeren Stuhls“ im Jahre 1965 oder Mitterrand beim Besuch in belargerter Sarajevo im Jahre 1992. Einen Grund für diesen so genannten Sonderweg kann in der traditionellen Angst des Abstiegs und der Demütigung gefunden werden. Der Wiener Kongress 1815, die Niederlage gegen Preußen 1870 und das Trauma 1940 gelten unter diesem Gesichtspunkt als Meilensteine für die Definition der französischen Außenpolitik. Frankreichs aktuelle Strategie in dieser Hinsicht lautet „Eine Mehrheit der Meinungen bilden um Fortschritt zu schaffen und eine Sperrminderheit zu schaffen um die Hauptinteressen des Landes zu bewahren“. Frankreichs Engagement für die kulturelle Vielfalt durch die Entwicklung der Francophonie ist ebenfalls Teil dieses Sonderwegs.

Derzeit orientiert sich die Diplomatie Frankreichs also an drei Prioritäten: Verhandlung, Multilateralismus und Dialog. Im Jahre 2005 trug Frankreich durch finanzielle Unterstützung in Höhe von 250 Mio. € und dem Einsatz von ca. 10 000 Soldaten zu Friedensoperationen bei. Während der Irak Krise im Jahre 2003 wurde auch deutlich gemacht, dass Frankreich ohne Mandat einer Internationalen Organisation nicht zum Truppeneinsatz bereit ist. Universelle Werte werden oft verwendet, um diese Züge der französischen Außenpolitik zu rechtfertigen. Das Erbe der französischen Revolution und das Ideal der Menschenrechte prägen ihre offizielle Darstellung. Es geht aber auch nicht ohne Paradoxen: die Diplomatie der „Grande Nation“ hat besondere Schwerpunkte in Afrika (wie in der Elfenbeinküste) und im Nahen- und Mittleren Osten, die durch die koloniale Vergangenheit geprägt sind. Außerdem leidet die Vertrauenswürdigkeit der französischen Entwicklungshilfe unter der Tatsache, dass ein Großteil davon aus Schuldenerlassen besteht.

In einer globalisierten Welt steht der Diplomatie Frankreichs neue Herausforderungen wie Terrorismus, illegaler Handel und Umwelt bevor. In diesem Rahmen scheint die Priorität auf zwischenstaatliche Beziehungen als Hindernis: die französische Diplomatie hat kein zufrieden stellendes Verhältnis zu nicht-staatlichen Akteuren wie NGOs. Auch die offizielle Position Frankreichs seit der Ära Chirac für eine „eingedämmte Globalisierung“ widerspricht mehreren protektionistischen Stellungnahmen Frankreichs, vor allem was die Gemeinsame Agrarpolitik der EU betrifft. Es steht also viel auf dem Spiel für den neuen Präsidenten.

Im Allgemeinen hängt Frankreichs Rolle in der Welt von der Position innerhalb der EU ab: Für Frankreich ist die EU ein Macht-Multiplikator. Die Wiederbelebung der Rolle Frankreichs innerhalb der EU wird der neu gewählte Präsident sich als Priorität setzen. Ohne eine engere Koordination mit den europäischen Partnern ist eine effiziente Diplomatie in der heutigen Welt kaum vorstellbar.